Joli portrait Onirique de Lilee par PATRICK LOWIE

Photo © DYOD.BE

Next (F9), c’est quoi ?

Next (F9) vous propose des portraits de personnalités connues ou inconnues, des poètes ou des vendeurs de boutons, des gauchos ou des gauchers. L’important est de rêver.

Le concept est simple : quatre à six portraits sont écrits par mois. Des portraits qui mettent en avant des personnalités de toutes origines toujours en alternance : un homme et une femme. Pour créer un univers onirique particulier.

Précision d’usage : ce portrait est un portrait onirique, et donc, ce n’est qu’un portrait onirique et imaginé. Par conséquent, l’histoire qu’il raconte n’est pas une histoire vraie.



Lilee ? Lilee ? Attendez un peu avant d’ouvrir les yeux. Vous êtes morte, vous êtes toutes mortes mais cela va bien se passer, ne vous inquiétez pas, ne vous inquiétez plus. Je vous donnerai le signal en temps voulu. Vous verrez, vous allez d’un seul coup vous libérer, vous verrez de beaux garçons, torses nus, corps minces et vigoureux, jouer au football sur des plages enivrantes de voyages imaginés mille fois entre deux pensées trop sombres, vous verrez de jolies filles frileuses se baigner dans une mer calme, les palmiers dans le vent, les bateaux de pêcheurs au crochet de petites vagues oubliées. Vous sentirez les parfums exotiques des verts tamariniers. Avant l’accident, elles étaient en voiture à la recherche de nouvelles occasions de rêves dispersés. Elles vivaient en marge d’une vie réelle. De retour d’un concert douloureux. Différentes. Jouer. Elles pensaient que tout serait facile, tel un très ancien jeu de l’oie à restaurer. Je poursuis : Lilee ? Lilee ? Dites-moi comment c’était ? Avez-vous été transportée par la beauté des lieux ? Elle cherche sa guitare d’une main hésitante. N’ouvrez pas les yeux, lui dis-je. Peignez-moi Mapuetos, je sais que vous y étiez, je vous supplie de tout me raconter. Lilee est une chanteuse pop : très belle voix, très beau regard, très belle sensibilité. Elle se lève doucement : belle tendresse, belle douceur, puis me chante : non….en fait, non, je ne dis pas non.

Je sais que les Chroniques de Mapuetos de Marceau Ivréa proposent des épisodes désordonnés, discontinus, anarchiques, tentative (vaine ?) de n’enfermer aucun lecteur dans un cadre préconçu car les rêves innocents puisent dans un monde infini et les portraits de Next (F9) font partie de ces songes quelquefois compris plus tard, beaucoup plus tard. Intense polyphonie qui décentralise parfois la narration. Quand j’ai découvert la voiture accidentée au bout du chemin de cette aventure nocturne et solitaire, seul dans la nuit à observer une indécente pleine lune, longeant un fleuve invisible, je le savais par intuition, je sentais dans mon for intérieur qu’elles revenaient de là-bas. Lilee me dit : j’étais en voiture, assise à côté de la conductrice. Une femme que je vois – même éveillée – comme une sorcière. Nous roulions sur un pont, au dessus d’un canal et au bout du chemin la voiture a quitté sa trajectoire et est passée par dessus la barrière, la voiture a piqué du nez et nous sommes écrasées sur le quai en dessous. Sauf qu’au moment de l’impact, pas de choc, pas de bruit violent, pas de secousse, rien, il faisait juste soudainement tout noir ! J’étais paralysée, mais je ne ressentais rien du tout de désagréable. Puis vous êtes arrivé Patrick Lowie, quelle coïncidence. Comme si tout cela avait un sens, ou peut-être pas, peu importe. Pourquoi ne me parle-t-elle que de l’accident ? Fatigué par cette vague marine, je ferme les yeux pour entrer en télépathie comme on entre dans les ordres en poussant la porte d’une congrégation onirique. Puis, des coups de feu. Des chasseurs de rêves. Je vois Lilee s’élever, se mouvoir comme dans un jeu d’esprit, reprendre ses âmes qui brillent sur fond d’une banquise exquise. Je donne le signal. L’eau coule sur ma tête, je m’avance vers le piège tendu.

Patrick LOWIE www.next-f9.com